Propos de bistro (du coin)

Publié le par l' oursin

« Embarque-moi tout ça ! »
 
Il s’en est passé une belle l’été dernier sur une plage de Fréjus, l’Alba (*). Une famille de touristes des Pyrénées-Atlantiques de cinq personnes s’était installée devant la rangée de parasols et chaises de l’établissement, dans la bande des cinq mètres, réservée au public. Un garçon, envoyé par ses patrons, vient leur dire qu’il ne faut pas rester là, le lieu étant privé. Faux, car il n’y a pas, juridiquement, de plages privées, mais simplement concédées. Les choses s’enveniment et une altercation éclate. L’épouse - son mari médecin - prend sa caméra pour filmer la scène. Ce qui n’est pas du goût de l’employé qui lui tord la main et lui casse une phalange ! Une équipe de Télé Monte-Carlo, dépêchée sur place pour un reportags sur la police en été, n’en perd rien (on peut le voir sur le site de la station). Une dame, se disant l’épouse du maire, téléphone à la Police municipale pour lui signaler que son mari est attaqué. Diable, qu’un simple citoyen soit l’objet de violences, ce qui arrive tous les jours, sans émouvoir grand monde, passe, mais un édile tout change. Et les braves flics accourent pour secourir celui qui est aussi leur patron et qui les note. L’affaire est donc gravissime. La police, nationale celle-là, intervient, et tout le monde est embarqué. Le commissaire Gérard Moréna, si sûr de lui et dominateur d’habitude, fait profil bas, car c’est M. Brun soi-même qui prend la tête des opérations. Normal puisqu’il est le premier magistrat de la cité, la loi étant ainsi faite. Et lui, il ne tergiverse pas, qui ordonne à un officier : « Tu me fais embarquer tout ça, Jean-Pierre » (source TMC). Pourquoi pas en garde à vue pendant qu’il y était ? « Je ne regrette rien », dira-t-il plus tard, à l’évocation de l’incident, et il assure qu’il aurait dû être plus agressif, le plagiste, un Maghrébin, aurait été traité de “bougnoule ” (Immédiatement démenti). L’affaire a connu des suites judiciaires devant le tribunal correctionnel de Draguignan, le 10 novembre. « Sanction modérée pour l’agression, cet été, sur la plage de Fréjus », titrait le lendemain Var-Matin. En effet, il n’y eut que quelques amendes. En tout cas, Elie Brun, qui avait claironné qu’il irait volontiers témoigner, brillait par son absence, mais il s’était excusé auprès de la famille quelque peu malmenée, et dont ils souhaitait  « ne plus revoir ici ».  Pas mal pour le maire d’une station qui se veut touristique, non ?
(*) Elie Brun ferait-il des infidélités à La playa, autre établissement dont il était l’hôte assidu, voici peu ?
 
Bronca sur Brun
 
Mais il s’est aussi distingué - d’une manière plus positive - en signant un manifeste anti-tauromachique. Naguère pourtant, ne proclamait-t-il pas : « Je vais à Bayonne, à Dax, et jusqu’en Espagne pour voir des corridas » ? De quoi faire hurler les afionados du coin, accros à ce spectacle ignoble, élevé, par eux, au rang d’art, car il y en avait plusieurs par an dans les arènes fréjusiennes. Et haro sur le “ traitre ”. Si bien que Var-Matin décida de lancer un sondage : « Pour ou contre les corridas ? ». On n’en a jamais eu le résultat. A une lectrice curieuse ayant demandé quelques éclaircissements, il lui fut répondu que cette question, « qui avait divisé la rédaction du journal, elle même », a été retirée comme suite à d’étranges mails reçus sur sur son site. Le clan pro-corrida local, qui revendique 338 adhérents (la commune compte 52 000 habitants) aurait-t-il pratiqué la multiplication des petits pains ou, allez savoir, ce qui ce qui se produit parfois en matière électorale, fait voter des morts, car ce nombre a été largement dépassé ? Du coup le quotidien a pris la sage décision de mettre la question au placard, tel un vulgaire journaleux en désharmonie avec la ligne éditoriale de son canard.
 
Var-Matin new look
 
Pendant que nous y sommes, notons le nouveau visage de Var-Matin qui parait vouloir copier Le Parisien-Aujourd’hui, en appuyant fort sur le fait divers, avec de gros titres à la une, même pour les affaires les plus anodines. Comme le dit Daniel Carton dans « Bien entendu c’est off » (Albin Michel) au sujet des journalistes complaisants : « Faut bien bouffer  !  ”. Et de préciser : « C’est toujours l’excuse fournie dans toutes les rédactions de France et de Navarre. », Puis de conclure vachard : « Je pensais que le journaliste devait avoir de l’estomac. Je ne pensais pas qu’il pouvait passer son existence à se le remplir ! » Les temps sont durs pour la presse en ce moment, surtout avec la concurrence d’Internet. Alors, faut s’adapter, pas vrai ? C’est pourquoi VM parait mettre de l’eau dans son vin - s’il est de Provence, c’est dommage - et de revoir à la baisse les louanges qu’il adressait, voici peu encore, aux administrateurs locaux, parés de toutes les vertus, notamment dans l’est varois, afin de complaire à MM. Brun et Ginesta, le Fréjusien et le Raphaélois. 
 
 Fauteuil inébranlable ?
                                            
Ce dernier, le 23 janvier, a eu droit à une interview-maison. On lit qu’il considère la gauche comme « dangereuse ». Dangereuse pour qui ?  Pour le pays ? Oui, si on veut, mais la bonne droite à laquelle il appartient, qu’a-t-elle apportée à la France ? On peut tourner et retourner, on n’y trouve rien de bon, au  contraire, c’est la ruine. A cause de la crise, qu’il couine avec ses chers collègues de l’UMP. D’accord, mais elle a bon dos, la crise, elle est bien commode. Au fait, ne toucherait-t-elle pas aussi la voisine d’à-côté, Frau Merkel, que Sarko bise comme du bon pain chaque fois qu’il la croise ? Alors comment se fait-il que la Germanie se porte bien mieux que l’ancienne Gaule ? Tout bonnement c’est quelle est mieux gérée, et aussi que ses habitants ont plus de cœur à l’ouvrage, étant unie, pour l’instant encore, par des liens du sang qui n’existent plus dans l’Hexagone depuis belle lurette, le métissage ayant déjà fait son œuvre. Ceci pourrait expliquer cela. Arrêtons, car ces évocations pourraient nous entrainer trop loin. Quant à Ginesta lui-même, il ne risque pas grand-chose. Député du Var, il pourrait le rester lors des législatives qui suivront la présidentielle. Quant à son écharpe de maire, compte tenu de la volonté de ses administré(e)s à ne rien changer à rien, on le voit très bien la porter pour ses cent ans... en 2042 !  En attendant, jetons un discret coup d’œil discret sur son salaire - oh ! pardon, ses indemnités, ces dames et messieurs ont leur pudeur : Député : 7.100, 15 € ; indemnité représentative, frais de mandat : 6.412, 00 € ; maire : 3.421, 32 € ; communauté d’agglomération : 4.181, 62 € ; total : 21.115, 11 €. après écrêtement. (indemnitées liées à plusieurs mandats qui dépassent le plafonnement dans le cumul. Il peut décider de le reverser à un ou plusieurs élus de son choix au sein de la même assemblée délibérante, et mentionner le nom des bénéficiaires). Quels sont ceux-ci à Saint-Raphaël ? Au nom de la transparence, M. le député-maire va certainement se faire un devoir de nous le dire.

Dites-le sans fleurs
 
Pour tenter de nous prouver son indépendance politique toute neuve, Var-Matin donne la parole aux concurrents pour les législatives de juin. Une lutte apparait sévère dans l’est-varois qui opposera le député sortant Ginesta, non seulement à la gauche, mais aussi au Front national où un louveteau, David Rachline - chouchouté par Marine Le Pen -, conseiller municipal de Fréjus veut montrer ses crocs, fort acérés ma foi. Dans l’interview que lui a consacré le journal, le 27 février, il annonce la couleur, bille en tête  : « Nous avons besoin d’air ! Les potentats locaux sont en place; ils n’ont plus d’idées, se baladent en ville en voiture de fonction et repartent. J’estime que nous les payons trop pour si peu. Alors, face à un candidat de 70 ans, place aux jeunes ! » Voilà qui est envoyé, pas vrai ? Lancé, il continue : « L’enfumage de Sarkozy ne doit plus prendre. Sur les marchés, nous ressentons de l’hostilité envers l’UMP. Georges Ginesta est donc, de fait, lui aussi contesté. Nous entendons le mettre face à ses responsabiltés, et il doit assumer le bilan de Sarkozy. Le sien ? C’est plus simple, il n’en a pas ! » Et vlan ! Monsieur le député-maire est servi !

Contre-feu

Alors, le 17 mars, l’interpellé, salement habillé, a droit à la réplique, en fonction (en principe)  de l’équilibre journalistique. Un cliché nous le montre tout sourire à côté de celui qui sera son nouveau suppléant, Pierre Boule, directeur de l’institut catho Stanislas, déjà conseiller municipal depuis 2008. « J’ai de l’estime pour lui, je connais ses qualités morales et intellectuelle. Il sait approcher le public, comprendre les gens et aider ceux qui se trouvent en difficulté. C’est bien le moins pour un bon chrétien, non ? Et, une amabilité en valant une autre, comme il sied entre hommes de bonne compagnie, la réciproque du prochain second (si tout se passe bien évidemment) fuse : « J’apprécie ses qualités de gestionnaire (de maire sans doute), sa lucidité dans l’analyse des besoins d’une ville, sa détermination à mener ses projets à bien et sa perception holistique des choses » (???).  Là, ça sent l’intello à plein nez;  aussi, invitons-nous le lecteur à ouvrir son dico au plus tôt. Question toute bête qui nous vient à l’esprit : M. Boule, comme M. Ginesta,  serait-il initié à la philosophie des Lumières, en clair la franc-maçonnerie, et logé au même endroit ? Mais le petit Rachline, élevé au rang de principal adversaire (c’est une promotion) au détriment de la socialo Elsa Di Meo, peu considérée électoralement, reçoit sa volée de bois vert (non écolologiste), en soulignant qu’il « n’a rien d’autre que ses connaissances de la famille Le Pen, et qui, à 24 ans, n’a jamais travaillé, mais vit sur les cotisations des militants. Qu’il s’inscrive à Pôle emploi pour partager les problèmes des Français au lieu de donner des leçons ». Fermez le ban !

Le blues de la PM  fréjusienne
 
Nous avons souvent, dans notre formule papier, parlé de la police municipale (PM) de Fréjus (*). Elle était dirigée naguère par Bernard Gélézuinas, où il avait plutôt mauvaise presse. Il a pris sa retraite et veille sur un coin de la forêt communale. Il y est à son aise car c’est un homme des bois, qui aime la chasse, pratiquée naguère jusque dans le Mercantour; une espèce d’écolo, quoi !  Mais il semble que les choses ne s’arrangent pas pour autant avec les flics de M. le maire, qui ont vu arriver, voici deux ans, un nouveau chef en la personne de Jean-Pierre Ghenassia (serait-il parent avec Enrico Macias ?) - ancien contrôleur de la préfecture des Bouches-du-Rhône - nommé, par Elie Brun, directeur de la Sécurité publique et de la Prévention. N’étaient-ils pas, tous deux, à l’école de droit d’Aix, dans leur jeunesse ? Ça crée des liens et ça peut aider à l’occasion. On raconte, dans les couloirs de l’hôtel-de-ville, qu’il y a eu, à Marseille, lors de sa mise à la retraite par arrêté ministériel, au 1er janvier 2011, un pot de départ en son honneur, qui durerait encore aujourd’hui ! C’est dire sa popularité ! Or, ce parachutage serait illégal, car seul un fonctionnaire territorial ayant passé le concours de directeur de la police municipale, assermenté par le procureur de la République et agréé par le préfet du Var, peut aspirer à ce poste, que notre brave homme occuperait d’ailleurs que trois jours par semaine, ce qui constituerait alors, si cela s’avérait, un emploi fictif. Nous n’en sommes pas là. En janvier, s’est tenue, à la villa Aurélienne de Fréjus, une réunion afin d’aborder des sujets internes au fonctionnement de cette PM. Robert Icard - directeur des services de la Ville - a annoncé que la délégation de la Sécurité et de la police, exercée jusqu’alors par l’adjoint Bernard Tardif, est reprise par M. le maire soi-même, bref une espèce de mise au placard sur proposition, dit-on, de MM. Ghenassia, Botti, Marcellin et Reghaieg, tous membres de la “Municipale” à divers titres, mais qui savent, apparemment, s’unir pour tirer les ficelles. Il se raconte aussi que des bagnoles, mises en fourrière, soient rendues à leurs propriétaires sans frais. Et que, compte tenu de la bonne ambiance générale, des agents cherchent, en toute hâte, une mutation dans une autre commune. Bon, comme chez « Madame la marquise  », y a le feu partout mais, à part ça, tout va très bien, tout va très bien...
(*) En février 2010 déjà, Var-Matin avait titré : Fréjus, la police municipale se réorganise sur fond de tension
 
Tout baigne, bravo !
 
Un peu le même refrain au commissariat de police de Fréjus-Saint-Raphaël où Var-matin est allé poser quelques questions au divisionnaire Gérard Morena, sur le départ depuis des mois, mais qui ne bouge pas d’un pouce, comme s’il tenait à s’enraciner dans le secteur; à moins que ce ne soit le ministère de l’Intérieur, grippé, en attendant un successeur à l’ineffable Claude Guéant, qui ne sache pas trop quel poste lui offrir. Le commissaire a donné au quotidien (6/2/12) d’excellentes et réjouissantes nouvelles; qu’on en juge : « La délinquance est en baisse de 3,7 % sur 2011. Depuis 2007, la baisse est de 25% pour la délinquance générale, de 36,60 % pour la délinquance sur la voie publique. » Eh bien, voilà de quoi s’esbaudir, pas vrai ? Le gênant c’est que le pékin, peu futé sans doute, ne parait pas s’en apercevoir qui raconte que, souvent, quand on va au commissariat pour déposer plainte, on lui laisse entendre que ça ne sert pas à grand-chose, sinon à rien; et le “client” se retire désappointé, tout en jurant que l’on n’y reprendra plus. Ne serait-ce pas une manière de faire baisser les statistiques ? C’est ce que fait le gouvernement, alors pourquoi pas le flic, fut-il un peu chef ? Ce qu’on se demande alors, c’est pourquoi, puisque tout roule, il est envisagé la construction de 24 000 places de prison de plus dans les cinq ans en France. Le député UMP de Nice Eric Ciotti - à l’air aussi éveillé que son copain et maire Christian Estrosi - est le fier rapporteur de ce projet, ainsi que des mesures contre la récidive et la délinquance des mineurs. Allez, tout le monde au gnouf et pas de rouspétance ! Drôle de régime tout de même qui consiste, au lieu de tenter d’élever et d’éduquer le peuple, de lui permettre de vivre par un travail rémunérateur, de le foutre en taule ! Avantage, là au moins, il sera logé et nourri. Pour en revenir à l’est-varois, le commissaire Moréna a tenu à envoyer quelques fleurs aux policiers municipaux des deux villes; « avec lesquels j’entretiens d’excellentes relations. » Tout baigne donc de tous les côtés. Alors de quoi le peuple se plaindrait-il, puisque tout va très bien ? Et s’il ne comprend pas, c’est, bien sûr,  qu’il est con,  le peuple !
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