Malpasset, Malpasset, morne plaine

Publié le par l' oursin

 Il y a cinquante-trois ans, le 2 décembre au soir, le barrage de Malpasset, à Fréjus, explosait, libérant d’un coup les 50 millions de m2 d’eau qu’il retenait, faisant officiellement 423 morts dont 150 enfants, comme le rappelle Var-Matin. Ce n’est pas mal en quelques minutes. Il y en eut certainement plus, par exemple aux subsistances militaires où nombre d’Africains et de Malgaches travaillaient. Mais, à l’époque, l’armée portait le doux nom de  « Grande de muette » et on ne put rien savoir de précis. Attention, France-Soir titrait, lui, 5000 morts dans la commune; pas moins ! 
 Ce que le quotidien ne nous raconte pas, c’est que cette catastrophe engendra un immense élan de solidarité nationale et internationale; et Fréjus, dont le budget annuel était de 200 millions (d’anciens francs), se vit gonfler de quelque 8 ou 9 milliards (anciens toujours) à destination, plus précisément, du « fonds des sinistrés », dont le maire André Léotard (père de son fils François), compte tenu de son titre de conseiller référendaire à la Cour des comptes, s’était fait nommer ordinateur unique par le préfet du Var, Rouliès, lequel aurait préféré pourtant une commission indépendante. Ce fut son tort car, ordinateur unique, il fut déclaré “ responsable unique ” et eut à subir de sévères critiques sur la gestion de cette manne, sans qu’on put lui reprocher un enrichissement personnel. Et une scission de la majorité de son conseil municipal s’ensuivit qui devait amener son premier adjoint, Louis Sénéquier, à démissionner et à prendre la tête d’une liste d’opposition lors des élections suivantes, en 1965.
 Mais ce bel argent devait attirer quelques “ bâtisseurs” de plus ou moins bonne renommée et des projets pharamineux furent envisagés, comme un « Boulevard du Clocher », de cinq kilomètres, raccordant la plage au centre de la ville. Merveilleux sauf, qu’au passage, on démolissait des dizaines de villas, mettant leurs propriétaires dans une sainte colère, obligeant la Mairie à y renoncer. N’annonçait-on pas aussi un aéroport rivalisant avec celui de Nice, voire de Marignane ? Quant à la voie ferrée, traversant la commune au sud, elle était tout simplement déportée au nord, d’où l’avantage - certainement le seul - à supprimer cinq passages à niveau. Bref, on rêvait éveillé, et tout finalement tomba à l’eau du Reyran, la rivière que l’on voulait domestiquer avec le barrage.
 Un procès, pour tenter de cerner les causes de la rupture de l’ouvrage, eut lieu, deux ans plus tard, à Draguignan, sans que l’on put désigner de vrais responsables. Un seul pourtant, mais bien indirectement, en subit les conséquences : André Coyne, le concepteur du barrage - qui en avait d’ailleurs construit, avec succès, un peu partout dans le monde. Atteint d’un cancer, Malpasset, par les tourments moraux qu’il lui infligea, précipita sa mort.
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