Alors, tous pourris ?

Publié le par l' oursin

La Fontaine, dans “ Les animaux malades de la peste ”, commençait ainsi: « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés. » Pourquoi, diable, vais-je ressortir le début de cette fable ? Elle me vient à l’esprit, bêtement, à l’occasion des dernières affaires en cours. Ce titre peut être rattaché aussi à ce que lançait, passé à la postérité, le mot de Pierre Poujade, le défenseur des commerçants, dans les années cinquante, et qui demeure vivace dans les mémoires populaires.

« Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de Danemark », disait aussi Shakespeare dans Hamlet. Allez, enlevons Danemark et remplaçons-le par république française.

Ce « pauvre » Cahuzac vient d’en faire les frais. Et voici que l’on sort ou ressort d’autres histoires, comme celle du fils à Fabius, acquéreur d’une modeste bâtisse à sept millions d’euros, et les ventes de tableaux de Claude Guéant, ancien ministre de l’Intérieur et ex-secrétaire général de l’Elysée, l’ami intime de Sarkozy. Lequel aurait comme des envies de revenir au Château « Je vais me sentir obligé », raconte-t-il dans Aujourd’hui  du 7 mai. Evénement attendu comme le Messie par nombre de ses fans, trépignants à l’idée de se mettre à nouveau au « service de l’Etat » Au service de l’Etat ou l’Etat à leur service, comme d’hab’ ?  

Parmi ces impatients on trouve surtout des impatientes, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, raccourci en NKM, la Nadine Morano, que certains esprits malsains, de son propre camp pourtant, ont qualifié de « poissarde de la république » - dont les Guignols de l’info se régalent toujours -, sans oublier  Valérie Pécresse, au visage aussi éveillé que celui des Niçois Christian Estrosi et Eric Ciotti. Elle est accro, parait-il, à “Joséphine, ange gardien”, c’est dire son niveau intellectuel. Elles sont toutes prêtes à rempiler, ne serait que pour retrouver le titre “blamboyant” de ministre. Pensez un peu Ministre - avec un « M » majuscule SVP. Ministre de quoi en vérité ? Ben d’une république bananière, où plus rien ne tient debout, à commencer par le char de l’Etat, que l’on peut comparer à une bagnole qui roule sur les jantes, privée de volant et de roues avant, tout juste bonne à aller à la casse. Il faudrait en changer, ce que n’importe quel automobiliste lambda ferait, mais ici on remplace le conducteur, comprenne qui pourra...

« Un pour tous, tous pourris », a-t-on entendu aussi.

La droite, évincée du pouvoir, s’est acharnée sur l’ex-ministre du budget, « jeté aux chiens », comme avait dit, jadis, Mitterrand, à propos de Bérégovoy, qui s’est suicidé - ce que d’aucuns contestent - d’une balle dans la tête.

Est-elle si pure que ça, cette droite, qui joue les vierges effarouchées ? Elle n’a rien à se reprocher ? Elle est « droite dans ses bottes », selon la mâle expression d’Alain Juppé, frappé, il y a trois ans, de dix ans d’inéligibilité, réduite à un an, qu’on se rassure, et qui put ainsi se faire réélire maire de Bordeaux. Chirac, renchérissant, en fit « le meilleur d’entre-nous », puis, un peu plus tard, « La France a besoin d’un Juppé ! ». La France seulement ? Pourquoi pas l’Europe et la planète entière ? Et on étala tous ses titres et diplômes, dont celui de Normal-sup (une école fantastique, parait-il, d’où sortent les plus doués, les plus intelligents), et l’ENA (encore un établissement prestigieux où seuls les grands cerveaux sont admis tels, par exemple, notre actuel président et son ex-chère et tendre Ségolène - de quoi rendre encore jalouse la toute nouvelle compagne, à qui il n’a pas fait, comme à la précédente, quatre gosses. Va falloir qu’il se mette promptement à l’ouvrage s’il veut réparer le coup. 

Alors supérieurement doués tous ces gens ou, comme on dit parfois « des cons instruits » ? Les deux, mon, adjudant ! Intelligents, soit, mais des intelligences abstraites, des forts en thème, en math, en tout ce qu’on veut. Ce qui nous rappelle, dans « Manon des Sources » - de Marcel Pagnol -, cette scène d’un ingénieur, monté de Marseille, ou peut-être descendu de Paris, venu expliquer à des villageois de Haute-Provence les raisons de la pénurie d’eau dont ils souffrent. Il se met au tableau noir qu’il couvre de chiffres, courbes, ellipses, ponctué de « couches primaires », « couche secondaires », « tertiaires », « degrés d’hygrométrie, de pluviométrie, etc », quand il est soudain interrompu par un péquenot, excédé, qui lui demande : « Dites, Monsieur l’ingénieur, de l’eau, y en a ou y en a pas ? ».

Alors, si au lieu de ces têtes d’œuf  - j’allais dire autre chose - qui nous dirigent - par notre faute d’ailleurs puisque nous les élisons et réélisons -, nous avions au pouvoir des paysans en sabots pleins de paille, des entrepreneurs, des maçons, d’habiles commerçants, des artisans, des ouvriers qualifiés, de simples manœuvres, des éboueurs (liste à compléter), bref des mecs qui ont les pieds sur terre et non les cervelles dans les nuages, les choses iraient certainement mieux. Evidemment, les énarques n’existeraient pas qui encombrent les cabinets ministériels où ils débutent à au moins 3000 euros par mois, à pondre de la paperasse, indéchiffrable pour le commun des mortels, cela ferait de substantielles économies. 

Avez-vous remarqué, quand, dans les “affaires”, il est question  de gros sous, que le moyen de défense est généralement : « il n’y a pas d’enrichissement personnel ». La bonne blague. Même si cela était, le pognon est sorti de la poche du contribuable, détourné de sa destination pour arroser ceci ou cela, voire des associations humanitaires (la grande mode), puis, par quelques voies détournées, revient, en braise ou en charbon, dans le gousset du bon « Samaritain ».

Les candidats aux plus hauts postes, où qui y sont déjà, jurent, main sur le cœur ou la Bible - à moins que ce ne soit sur le Talmud ou le Coran, plus souvent sur l’équerre - que si on les élit, eux, ils vont faire du propre dans la baraque. Il y a une soixantaine d’années qu’ils la dégueulassent, la baraque, comment droite, gauche, centre, FN en marinade, etc. vont-ils s’y prendre pour la nettoyer ? Ils se leurrent eux-mêmes et si, par hasard, lls étaient sincères, comment y parviendraient-ils puisque le problème est moins chez eux que dans le système dont ils dépendent et dont, de toute façon, ils ne veulent pas sortir ?

Alors, direz-vous, quoi faire ? Eh bien, rejoindre la grande famille de ceux qui ne se déplacent plus pour remplir leur « devoir de citoyen » (ah ! la belle trouvaille) toujours bernés. Quand il n’y aura plus que vingt, voire dix pour cent de votants, pourront-ils, ces élus au rabais, se prévaloir encore de la volonté du peuple pour régner ou, plus précisément, pour nous couillonner ? 

                                                                                                                                   L’o.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article